Si la vie avait été un long fleuve tranquille, c'est sûr, elle se serait laissée porter sur la rivière sans retour, bercée par la grande illusion que derrière l'écran les visiteurs du soir n'étaient pas ceux des jeux interdits.
Elle était née un quatre juillet, et lorsque ses parents l'avaient prénommée Ninotchka, comment auraient-ils pu penser qu'elle n'aurait rien de l'ange bleu dont ils avaient tant rêvé. Elle en avait la couleur, par ses yeux, mais sa chevelure noire n'avait rien de celle d'un ange.
Quand le beau Serge l'avait invitée un soir à pousser les portes du paradis, elle avait craint que cette chevauchée fantastique dont il l'entretenait quotidiennement la fasse chavirer vingt mille lieues sous les mers : elle ne supportait pas les profondeurs. Aussi avait-elle pris la poudre d'escampette et se souvenait-elle encore de ces mots qui longtemps l'avaient froissée : "De toute façon, les hommes préfèrent les blondes".
Elle avait bien pensé changer de prénom, de couleur de cheveux, de décor... Sept ans de réflexion ne vinrent pas à bout de ses tourments. Elle voulait être tout à la fois la comtesse aux pieds nus, Blanche-Neige, la Reine Christine, la fille de d'Artagnan, Cléopâtre, le voleur de Bagdad, King-Kong, ou Betty Boop. Mais être elle-même, lorsque le labyrinthe des passions était si vaste, elle ne pouvait s'y soumettre.
Lorsqu'elle déambulait sous les lumières de la ville à la rencontre du 3ème type, un seul désir l'animait : s'accrocher à la remorque afin de s'embarquer pour le voyage fantastique au pays de Willow ou des Visiteurs, et vivre libre à l'Est d'Eden. L'incessant désir de découvrir de nouvelles sensations la poussait encore et toujours, sa fureur de vivre était sans limite.
***
Enfant, quand elle allait chez son grand-père, Ninotchka aimait retrouver ce héros malgré lui qu'il était devenu à ses yeux, et la guerre des mondes qui bataillait en elle ne savait s'apaiser qu'au rythme de ses récits : il était l'aigle des mers de l'Antartica, le fugitif de la guerre du feu, la chute de l'Empire romain à lui tout seul !
Elle se sentait alors devenir la confidente d'un des derniers aventuriers de l'arche perdue... Les coéquipiers de son grand-père l'ayant abandonné sur les quais lors d'un été meurtrier : 37,2 le matin, ils n'avaient pas supportés. Avec Ninochka, au moins avait-il une oreille attentive à ses rocambolesques histoires, et la leçon de piano qu'il lui offrait à travers la lettre à Elise l'envahissait comme une majestueuse aile du désir, jetant en elle l'espoir que sous les toits de Paris, le monde du silence existait et que les temps modernes s'étaient enfuis. Dans ces moments là elle n'était plus Ninotchka, mais la tendre Elisa.
Et lorsque la mélodie prenait fin, laissant place à la grande bouffe du dimanche, Parrain et les cousins lui rappelaient le difficile sacrifice de sa présence.
Ô combien elle aurait souhaité, dans ces instants de confrontation familiale, danser le dernier tango à Paris dans la baie des Anges ! Au bras du Prince de Hombourg, elle aurait fait les quatre cent coups de Paris à Citizen Kane, sous l'oeil hagard de son père, sa mère, ses frères et ses soeurs !
Ses rêveries s'évanouissaient avec l'après-midi... Ainsi s'achevait l'avventura dominicale à la maison du lac.
***
Adolescente, la guerre des boutons était devenue une histoire sans fin, et son visage, qu'elle jugeait ingrat, ne faisait qu'accentuer ce quo vadis intérieur. La bataille du siècle qui mûrissait en elle la rendait impitoyable et ceux qui l'approchaient ne pouvaient que coiffer leur casque bleu face à cette Parisienne arrivée d'un train en gare de La Ciotat, qui choisissait sur la strada sa prochaine victime. Prisonnière du désert, elle attendait que la fête commence et le pigeon se transformait vite en ours lorsque cette Juliette des esprits libérait le fleuve de fantasmes qui bouillonnait dans son chaudron infernal.
***
Aujourd'hui, son journal intime restait la grande évasion de ses longues journées passées à guetter le voleur de bicyclette, celui-là même qui la plongea dans la folie quelques années auparavant...
Elle l'avait rencontré un jour de pluie alors qu'elle avait la mort aux trousses, poursuivie par un dictateur qui voulut jouer à la Belle et la Bête, profitant de ses folies de femmes où se mêlaient souvent ombres et brouillard. Mais la Belle et la Bête, non ! Ce jeu ne lui plaisait pas et Ninotchka décida de mettre un terme aux caprices de son amant. Elle l'entraîna dans le jeu de la chèvre, leur divertissement favori... Mais il ne vit rien venir : elle lui cloua l'arbre aux sabots ! Bien évidemment il hurla tandis qu'elle s'enfuyait... Il la poursuivit des jours durant, elle était devenue son ennemi public numéro un. Cependant, Ninotchka possédait une telle fureur de vaincre, qu'elle finit par semer cet amant malheureux. Le hasard, dans sa course, la conduisit sur la piste des géants, en l'occurrence celle de son Prince de Hombourg, le Tarzan de la maladie d'amour après la guerre sur le grand chemin...
Il avait suscité en elle l'Eveil dont elle ne soupçonnait pas même l'existence, l'âge d'or de tous les matins du monde. Il l'avait baptisée Hiroshima mon amour et la mélodie du bonheur qu'il lui chantait faisait exploser l'arme fatale qui les unissait, les entraînant dans un même élan de monte là-dessus : les enfants du paradis étaient en route pour le voyage fantastique...
Cependant, ce monde parfait dans lequel elle papillonnait, tour à tour discrète, effrontée ou petite voleuse, toujours sous l'oeil vigilant de son Prince, devait s'achever sous les parapluies de Cherbourg : son popeye avait été enlevé par les sept mercenaires pour une poignée de dollars, et depuis, elle était une autre femme, pesant sans cesse l'insoutenable légèreté de l'être.
Toutes ses recherches pour le retrouver étaient restées vaines et le silence des agneaux régnait sur le champ de ses pensées...
C'est ainsi qu'elle était arrivée dans cette chambre avec vue, envahie d'une grosse fatigue, éreintée par toutes ces années de lutte.
Ses beignets de tomates vertes terminés, elle visionnait les séquences de sa vie. Son écran géant, c'était le coin de ciel bleu à travers les carreaux, et lorsque sur l'horizon se dessinaient les vestiges du jour, elle était la captive aux yeux clairs à l'aube d'un autre monde, à bout de souffle...
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Je ne sais si j'ai du talent, j'écris beaucoup, je publie peu... L'écriture est essentielle à ma vie, à ce que je vis. Le talent est affaire de perception, de réception, je crois, de sentiments qui errent à la surface, une onde qui circule et qui soudain pénètre quelque part, chez quelqu'un, même sentiment au même endroit, et ça, c'est toujours un petit bonheur à vivre... Merci, vraiment d'être revenue m'offrir ces quelques mots.
vous avez beaucoup de talent : continuez
pour le lien, Bp. Bon, un peu déçue de n'être pas la seule à avoir eu cette idée... Non, je plaisante bien sûr, au contraire j'aime bien voir comment elle a exploité le filon.
(je sais pas comment vous faites pour mettre des smileys comme ça, qui se bisent, je veux dire)
Janus, le rideau se ferme, tout le monde rejoint les coulisses, et c'est ainsi que les hommes vivent....
(je sais pas comment vous faites pour mettre des smileys comme ça, qui se bisent, je veux dire)
Janus, le rideau se ferme, tout le monde rejoint les coulisses, et c'est ainsi que les hommes vivent....
dans le genre justement, je te consille d'aller jeter un coup d'oeil chez
http://www.pointscommuns.com/cendrillon-commentaire-cinema-57627.html
Miss K (une sacrée plume)
Phyl' sont pas trop cinéphile par ici, suis déçu, merde, peux plus jouer...
Un après-midi de chien.
Un après-midi de chien.
de bien des mystères, et cueillir est une bien belle chose, surtout quand la cueillette se révèle nourricière... Merci miss say...
MAGNIFIQUE ! Un vrai régal ! Comme l'impression de trouver des champignons !
avec une belle émotion, Tramway, merci...
Rivale,
Sublime commentaire en retour, que dire... Un grand merci d'avoir prolongé mon texte avec les auteurs si bien mêlés à mes mots, à l'histoire de Ninotchka, captive, emprisonnée dans son voyage intérieur, perdue dans ses songes, passé, avenir, le temps d'un film, d'une histoire qui défile dans le coeur quand le héros prend corps avec le décor... Vraiment merci.
Voltuan, merci aussi à toi d'avoir laissé ton sentiment.
Je suis très sensible aux retours que mon texte vous inspire, sincèrement...
Rivale,
Sublime commentaire en retour, que dire... Un grand merci d'avoir prolongé mon texte avec les auteurs si bien mêlés à mes mots, à l'histoire de Ninotchka, captive, emprisonnée dans son voyage intérieur, perdue dans ses songes, passé, avenir, le temps d'un film, d'une histoire qui défile dans le coeur quand le héros prend corps avec le décor... Vraiment merci.
Voltuan, merci aussi à toi d'avoir laissé ton sentiment.
Je suis très sensible aux retours que mon texte vous inspire, sincèrement...
Acceptez la fleur de mon secret, les orchidées de miss Blandish, la rose pourpre du Caire, la tulipe de Fanfan, le dahlia noir.
*****


Quand Ninotchka, Ernst Lubitsch et Greta Garbo se donnent la main derrière la plume magique de Phylisse, une antologie du cinéma naît sous nos yeux.
C'est ainsi que Jean Renoir se retrouve aux côtés de Marcel Carné, que Marcello Mastroiani rencontre Gregory Peck et tombe sur Marilyn. Cette Ninotchka est une visionnaire puisqu'en naissant un quatre juillet, elle annoncait l'indépendance des Etats-Unis. Orson Welles assis à côté de James Dean, est-ce bien venu? Du moment que Ninotchka a une chambre avec vue, elle pourra toujours s'entretenir avec James Ivory.
La vie n'est heureusement pas un long fleuve tranquille, n'en déplaise aux Le Quesnoy...d'où la chevauchée fantastique que nous fait vivre sur cet écran la magnifique Phylisse.
C'est ainsi que Jean Renoir se retrouve aux côtés de Marcel Carné, que Marcello Mastroiani rencontre Gregory Peck et tombe sur Marilyn. Cette Ninotchka est une visionnaire puisqu'en naissant un quatre juillet, elle annoncait l'indépendance des Etats-Unis. Orson Welles assis à côté de James Dean, est-ce bien venu? Du moment que Ninotchka a une chambre avec vue, elle pourra toujours s'entretenir avec James Ivory.
La vie n'est heureusement pas un long fleuve tranquille, n'en déplaise aux Le Quesnoy...d'où la chevauchée fantastique que nous fait vivre sur cet écran la magnifique Phylisse.
(y a pas le smiley tout rouge ici...) : la trouvaille, la formle, quoi, enfin le rapport entre ton com et le mien, enfin bref... merci
j'ai bien apprécié trouvaille...
que ce soit trop long... Et puis non, et ça me touche de voir vos réactions. C'est un texte que j'ai écrit il y a quelques années, il manque donc des titres de films plus récents, faudrait que j'en écrive un autre pt'être bien, tiens.
calixte,
J'en ai vu une grande partie, il faut dire que je suis très amatrice de cinéma, ça se voit ?
Et puis déscotche-toi, ça te permettra de revenir au forum...
Xiomara, merci de ton passage.
prunelle,
Quand je l'ai relu avant de le publier, j'ai évidemment pensé à toi sur un des titres, et je m'attendais presque à ce que tu me décrives la gare de La Ciotat (comme dans PBLV
). Touchée par tes mots...
Janus,
Et sur la route de Madison, faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages.. Merci à toi.
calixte,
J'en ai vu une grande partie, il faut dire que je suis très amatrice de cinéma, ça se voit ?
Et puis déscotche-toi, ça te permettra de revenir au forum...Xiomara, merci de ton passage.
prunelle,
Quand je l'ai relu avant de le publier, j'ai évidemment pensé à toi sur un des titres, et je m'attendais presque à ce que tu me décrives la gare de La Ciotat (comme dans PBLV
). Touchée par tes mots...Janus,
Et sur la route de Madison, faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages.. Merci à toi.
La grande classe, le fond, la forme j'adore tout.
Je suis littéralement scotché par ton com Phylisse !!!
Sans blague, c'est magnifique !!!
Et tu les a vus tous ces films !!!!!!!!!!!!!
Sans blague, c'est magnifique !!!
Et tu les a vus tous ces films !!!!!!!!!!!!!



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Phylisse
publié le 30 sept. 08