Vous connaissez le physicien Georges Charpak. Il a reçu le Prix Nobel de physique il y a plus de quinze ans pour son apport décisif dans les détecteurs de particules, ces petits legos constituants ultimes de la matière.
Comme tout scientifique qui se respecte, Charpak est loin d’être ennuyeux. Pour réaliser ses travaux de recherche, il lui a fallu (c’est son métier) une très haute dose de créativité et d’imagination.
Et cette créativité, elle peut s’exprimer également sous des perspectives qui n’ont pas grand chose à voir avec ses centres d’intérêt scientifiques.
Par exemple, les langues. Enfin, les langues mortes.
Heureusement, certaines civilisations nous ont laissé de précieux (et nombreux) écrits qui nous permettent de cogiter sur la pensée et son expression pendant leurs époques : Babyloniens, Égyptiens, Grecs, Phéniciens, Romains etc.
Curieusement, il n’y a pas beaucoup de restes d’écriture chez les Gaulois, à part quelques tombeaux celtes ?
Or, les vestiges de l’écrit, ce sont les seuls restes d’une langue morte.
Dans la tête de Charpak, la question n’était pas : comment retrouver la langue parlée des civilisations qui n’ont utilisé que l’oral comme transmission, mais plutôt : même avec les restes écrits, on ne connaît pas grand chose des langues mortes.
Par exemple, le romain, enfin, le latin, comment se prononce-t-il ? Moi, j’ai appris que les "u" se disaient "ou" (comme dans beaucoup de langues encore parlées). Mais qui nous dit que c’est la vérité ?
Hélas, il n’existe aucune bande sonore pour nous dire comment prononcer les langues mortes. Aucune bande magnétique, aucun microsillon…
Georges Charpak s’est alors amusé à approfondir le sujet.
En clair, comment pourrait-on savoir comment se prononçaient des langues hors d’usage de nos jours ? Prononciation de langues mortes, ou encore, paroles chez les Cro-Magnon, pourquoi pas ?
Et sa question, c’était : comment pourrait-on imaginer l’équivalent du disque vinyle, de la cassette à bande magnétique, du fichier MP3… valable à l’époque ?
Une question qui pourrait être délirante… et pourtant, pas tant que ça.
Charpak a dû fouiller un peu plus vers le microsillon. En gros, un diamant "lit" les différences de cavités et cela se traduit ensuite par un signal électromagnétique qui restitue un son.
Il faut bien sûr faire l’opération inverse pour graver les disques avant.
Un disque tourne. Il faudrait donc quelque chose qui puisse tourner et qui puisse laisser des cavités particulières. Des altérités de surface. De la rigosité.
Et c’est là le génie de l’homme de science. Celui de connecter plusieurs mondes à la fois, plusieurs connaissances banales à la fois.
Charpak a alors tout de suite eu l’idée de la poterie.
Pour faire de la poterie, il faut un tour. Un truc qui tourne. La poterie, c’est un vieil art. Très ancien. Donc, ça existe depuis bien longtemps, du temps justement de ces langues mortes dont on recherche la prononciation.
Le rapport ? C’est assez simple.
Imaginons-nous dans une vie antérieure. Cro-Magnon ou Gaulois ou autre chose.
Puisque c’est plaisant de faire de l’analogie contemporaine, allons jusqu’au bout et imaginons une scène machiste classique. Nan, pas le mari qui tire sa femme par les cheveux. Quelque chose de plus subtil.
Par exemple, le mari est dehors sur la terrasse en train de travailler pendant que la femme est dans la maison en train de préparer la soupe. C’est classique, n’est-ce pas ?
Le mari, imaginons-le potier. Il fait des vases ou des trucs du genre.
Un tour, une boule en argile, de l’eau, un four ensuite pour cuire le tout, et hop, on vend le vase et on a de quoi acheter sa soupe, voyez le genre ?
Donc, le mari est sur son tour, tranquillement assis, ses deux mains pleines d’argiles en train de former le vase qui tourne.
Nan, il n’écoute pas un disque de Céline Dion en même temps. On vous dit qu’il n’y avait pas de disque à l’époque (en revanche, il devait bien y avoir déjà une Céline Dion).
Soudain, de la cuisine, la femme lui crie : "Chériiiii ! La soupe est prête ! À taaaaable !".
Le mari, forcément, il lui répond un truc du genre : "Okeyyyy, j’arriiiiiiiive !". Il finira bien son vase après le repas… mais finalement, il l’oubliera pour d’autres occupations.
Mais imaginez bien la forme de vase à peine fini. Il a ses mains contre la surface de l’argile, le tour tourne et il parle à sa chérie. A priori, ses mains vont subir des vibrations équivalentes à celles de sa voix.
Et ces oscillations, elles vont forcément se retrouver sur la paroi du vase.
Évidemment, il ne faudrait pas qu’il le retouchât, ce vase, après le repas. Ce qui serait probable, car l’argile aurait eu le temps de se solidifier.
Le mari, à la fin du repas, se remettant au travail, se dirait : "Zut ! l’argile s’est durci. Je n’ai plus qu’à recommencer. "… Et hop ! il balance le vase vibré dans sa fosse à ordures.
Et imaginez maintenant qu’on redécouvre ce vase raté deux millénaires après.
L’idée est loin d’être sotte, mais, comme le reconnaît Charpak, elle est très coûteuse.
En effet, pour avoir une idée statistique de la prononciation d’une langue, il faudrait systématiquement analyser scrupuleusement la surface de tous les vases, amphores et autres pièces de poteries réalisées à une époque donnée. Analyse laser bien sûr, car les différences de surface devraient être minimes, évidemment.
Ce qui signifierait le recrutement d’une armée de petites mains pour aller quérir ces objets archéologiques, une instrumentation très coûteuse pour les caractériser et une autre armée de linguistes et de mathématiciens spécialistes du signal pour interpréter les millions de courbes tracées.
Si l’idée n’est donc pas économiquement "faisable" surtout dans une période de crise financière, elle reste cependant géniale.
Regarder le monde à travers un autre prisme et imaginer des solutions nouvelles. Innovante.
C’est peut-être ce qui manque à nos gouvernements depuis plusieurs décennies : une grande dose de créativité.
Comme tout scientifique qui se respecte, Charpak est loin d’être ennuyeux. Pour réaliser ses travaux de recherche, il lui a fallu (c’est son métier) une très haute dose de créativité et d’imagination.
Et cette créativité, elle peut s’exprimer également sous des perspectives qui n’ont pas grand chose à voir avec ses centres d’intérêt scientifiques.
Par exemple, les langues. Enfin, les langues mortes.
Heureusement, certaines civilisations nous ont laissé de précieux (et nombreux) écrits qui nous permettent de cogiter sur la pensée et son expression pendant leurs époques : Babyloniens, Égyptiens, Grecs, Phéniciens, Romains etc.
Curieusement, il n’y a pas beaucoup de restes d’écriture chez les Gaulois, à part quelques tombeaux celtes ?
Or, les vestiges de l’écrit, ce sont les seuls restes d’une langue morte.
Dans la tête de Charpak, la question n’était pas : comment retrouver la langue parlée des civilisations qui n’ont utilisé que l’oral comme transmission, mais plutôt : même avec les restes écrits, on ne connaît pas grand chose des langues mortes.
Par exemple, le romain, enfin, le latin, comment se prononce-t-il ? Moi, j’ai appris que les "u" se disaient "ou" (comme dans beaucoup de langues encore parlées). Mais qui nous dit que c’est la vérité ?
Hélas, il n’existe aucune bande sonore pour nous dire comment prononcer les langues mortes. Aucune bande magnétique, aucun microsillon…
Georges Charpak s’est alors amusé à approfondir le sujet.
En clair, comment pourrait-on savoir comment se prononçaient des langues hors d’usage de nos jours ? Prononciation de langues mortes, ou encore, paroles chez les Cro-Magnon, pourquoi pas ?
Et sa question, c’était : comment pourrait-on imaginer l’équivalent du disque vinyle, de la cassette à bande magnétique, du fichier MP3… valable à l’époque ?
Une question qui pourrait être délirante… et pourtant, pas tant que ça.
Charpak a dû fouiller un peu plus vers le microsillon. En gros, un diamant "lit" les différences de cavités et cela se traduit ensuite par un signal électromagnétique qui restitue un son.
Il faut bien sûr faire l’opération inverse pour graver les disques avant.
Un disque tourne. Il faudrait donc quelque chose qui puisse tourner et qui puisse laisser des cavités particulières. Des altérités de surface. De la rigosité.
Et c’est là le génie de l’homme de science. Celui de connecter plusieurs mondes à la fois, plusieurs connaissances banales à la fois.
Charpak a alors tout de suite eu l’idée de la poterie.
Pour faire de la poterie, il faut un tour. Un truc qui tourne. La poterie, c’est un vieil art. Très ancien. Donc, ça existe depuis bien longtemps, du temps justement de ces langues mortes dont on recherche la prononciation.
Le rapport ? C’est assez simple.
Imaginons-nous dans une vie antérieure. Cro-Magnon ou Gaulois ou autre chose.
Puisque c’est plaisant de faire de l’analogie contemporaine, allons jusqu’au bout et imaginons une scène machiste classique. Nan, pas le mari qui tire sa femme par les cheveux. Quelque chose de plus subtil.
Par exemple, le mari est dehors sur la terrasse en train de travailler pendant que la femme est dans la maison en train de préparer la soupe. C’est classique, n’est-ce pas ?
Le mari, imaginons-le potier. Il fait des vases ou des trucs du genre.
Un tour, une boule en argile, de l’eau, un four ensuite pour cuire le tout, et hop, on vend le vase et on a de quoi acheter sa soupe, voyez le genre ?
Donc, le mari est sur son tour, tranquillement assis, ses deux mains pleines d’argiles en train de former le vase qui tourne.
Nan, il n’écoute pas un disque de Céline Dion en même temps. On vous dit qu’il n’y avait pas de disque à l’époque (en revanche, il devait bien y avoir déjà une Céline Dion).
Soudain, de la cuisine, la femme lui crie : "Chériiiii ! La soupe est prête ! À taaaaable !".
Le mari, forcément, il lui répond un truc du genre : "Okeyyyy, j’arriiiiiiiive !". Il finira bien son vase après le repas… mais finalement, il l’oubliera pour d’autres occupations.
Mais imaginez bien la forme de vase à peine fini. Il a ses mains contre la surface de l’argile, le tour tourne et il parle à sa chérie. A priori, ses mains vont subir des vibrations équivalentes à celles de sa voix.
Et ces oscillations, elles vont forcément se retrouver sur la paroi du vase.
Évidemment, il ne faudrait pas qu’il le retouchât, ce vase, après le repas. Ce qui serait probable, car l’argile aurait eu le temps de se solidifier.
Le mari, à la fin du repas, se remettant au travail, se dirait : "Zut ! l’argile s’est durci. Je n’ai plus qu’à recommencer. "… Et hop ! il balance le vase vibré dans sa fosse à ordures.
Et imaginez maintenant qu’on redécouvre ce vase raté deux millénaires après.
L’idée est loin d’être sotte, mais, comme le reconnaît Charpak, elle est très coûteuse.
En effet, pour avoir une idée statistique de la prononciation d’une langue, il faudrait systématiquement analyser scrupuleusement la surface de tous les vases, amphores et autres pièces de poteries réalisées à une époque donnée. Analyse laser bien sûr, car les différences de surface devraient être minimes, évidemment.
Ce qui signifierait le recrutement d’une armée de petites mains pour aller quérir ces objets archéologiques, une instrumentation très coûteuse pour les caractériser et une autre armée de linguistes et de mathématiciens spécialistes du signal pour interpréter les millions de courbes tracées.
Si l’idée n’est donc pas économiquement "faisable" surtout dans une période de crise financière, elle reste cependant géniale.
Regarder le monde à travers un autre prisme et imaginer des solutions nouvelles. Innovante.
C’est peut-être ce qui manque à nos gouvernements depuis plusieurs décennies : une grande dose de créativité.
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Voici les 14 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
ça fume dans le coin, et pas que de l'argile.....tout de même, il est beaucoup plus probable que les poteries soient retouchées une fois durcies, c'est le seul moyen encore aujourd'hui de parfaire les formes, en tout cas chez les potiers de base. ensuite on peut aussi imaginer que les vibrations qui modifieraient la poteries seraient aussi bien les phrases que les borborygmes post-prandiaux, les vibrations du coeur, que sais-je encore, le sifflotement de monsieur cromagnon répondant au merle moqueur et j'en passe.
Alors Charpak ou non, cela me rappelle nombre de discussions de "salon. mais j'adore les scientifiques et leur imagination.
Moi je suis trop "terre à terre" si je puis dire. enfin merci pour cette évasion
Alors Charpak ou non, cela me rappelle nombre de discussions de "salon. mais j'adore les scientifiques et leur imagination.
Moi je suis trop "terre à terre" si je puis dire. enfin merci pour cette évasion
L'argile qui guérit ,
Raymond Dextreit
Raymond Dextreit
qui a dit à Fabrice Luchini d'arrêter de faire l'apologie de Céline l'antisémite ?
Un grand monsieur alors.....
Un grand monsieur alors.....
http://www.pointscommuns.com/museedestempsbarbares.frf...-commentaire-medias-
72833.html
Je propose à Monsieur Charpak de conserver soigneusement mes essais à des fins d'étude, normalement tout ce qui est dit à cette p...... de boule d'argile devrait être inscrit dans les sillons !
D'un autre côté, ça fait un peu peur....
Si on ne peut même plus jurer tranquille !
72833.html
Je propose à Monsieur Charpak de conserver soigneusement mes essais à des fins d'étude, normalement tout ce qui est dit à cette p...... de boule d'argile devrait être inscrit dans les sillons !
D'un autre côté, ça fait un peu peur....
Si on ne peut même plus jurer tranquille !
avant de mettre en route tout le tintouin pour les vieilles vieilles poteries, faire un essai pour vérifier.
Par exemple, prendre une poterie avec une patte de chat, et vérifier si ça chante miaou,
c'est juste un exemple hein, du pur hasard
Par exemple, prendre une poterie avec une patte de chat, et vérifier si ça chante miaou,
c'est juste un exemple hein, du pur hasard

Qu'un potier de l'époque chante du Céline Dion en faisant tourner son vase, et imagine le "son" 3000 ans plus tard? Quel est le pire?
Je m'y connais mieux en poteries méditerranéennes qu'océaniques. Mais ça doit marcher aussi, je suppose...
Avant de se lancer dans l'étude des langues mortes, commençons par les langues vivantes : scannons les délicieuses poteries colorées ramenées de vacances idylliques sur les rivages sud de la méditerranée, et voyons si on réussit à reconstituer la prononciation de l'arabe. Je suggère même une étude comparative entre dialectes maghrébins et proche orientaux.
Ca devrait permettre de valider ou non l'idée.
(pfff...ces scientifiques, z'ont peut être des idées, mais ils manquent sacrément de bon sens!)
Ca devrait permettre de valider ou non l'idée.
(pfff...ces scientifiques, z'ont peut être des idées, mais ils manquent sacrément de bon sens!)
C 'est chiadé Jules @ @ @ @ @
14/10/08 à 21h05
A vos vibreurs....
Et bonne soirée.

Et bonne soirée.
14/10/08 à 21h01
Miaou !


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Jules Félix
publié le 14 oct. 08