Je me dis surtout que le territoire à partager doit être exigu entre une cadre supérieur qui débarque de New York et un vieil aventurier lancé dans la construction d’un barrage. Certainement pas de quoi y placer un lit.
N’empêche qu’elle est belle, courageuse, un peu trop prompte peut être à tout saisir au premier degré.
Vraiment sympathique.
Il fait jour et il est temps d’y aller. Je passe un jean, une chemise kaki et mes chaussures de cuir puis je démarre le V 8 de la Range et prends la piste qui descend rejoindre la crête du barrage, il a beaucoup plu la nuit dernière, la piste est glissante et je conduis prudemment en observant avec attention si je remarque des traces d’animaux sauvages sur la terre détrempée.
Après avoir noté deux passages d’antilopes et un de phacochère je dépasse la courbe après le bois d’acacia et je découvre la totalité de l’ouvrage en construction, je remarque de suite que la densité de camions à rouler est nettement plus importante.
Ca glisse, petit travers, je lève le pied et me retrouve sur la piste de crête du barrage.
Je regarde le niveau de la retenue qui n’a évidemment pas bougé, je me faufile au milieu du trafic des camions et des machines en répondant aux saluts des chauffeurs et des conducteurs d’engins, sur le lac la brume du matin se lève quand je me gare devant le bureau de Thierry.
Le gardien me dit qu’il est à l’atelier derrière quand il arrive, look habituel : short taillé dans un jean, chemise en denim, solides chaussures montantes :
- Salut Treb ! Dis donc il a drôlement flotté cette nuit.
- Salut Thierry ! Oui 40 millimètres. Alors ça roule ?
- Ca va, vingt GBH, plutôt en bon état, presque tous en benne carrière, j’en ai mis six à rouler les enrochements et le restant à faire de la latérite. La pelle qui foisonne et la chargeuse qui sont à la carrière sont à 110 %, ça leur fait tout drôle aux conducteurs. Je leur ai dit que s’ils tenaient la cadence je les augmenterai de 30 %
- C’est bien, matte quand même qu’ils disent pas aux chauffeurs de lever le pied…….
- Evidemment. Dis donc t’as vu le niveau, c’est comme tu as dit, ça monte plus.
- Une bouffée d’oxygène ça s’appelle, en tout cas faut pas mollir. Sans ça………..
- On va la gagner cette bataille Treb, même si je dois plus dormir du tout on la gagnera !
Je sais que Thierry bosse déjà 16 heures par jour. Je me tais.
- Le gasole et les pièces détachées arriveront vers midi. Dis donc t’as pas vu Anne ?
- Avant-hier, je t’ai déjà dit qu’elle passerait ce midi pour voir si tu avais du fric. La vache quelle frite elle a cette môme.
- Une vraie femme de chantier, c’est vrai.
Il est déjà 7 heures quand arrive le pick-up de César avec Jean le comptable et Léonie la toute aussi bien roulée secrétaire remplaçante de la belle Solange, je donne le chèque au comptable en lui demandant de retirer 180 millions de francs CFA et de passer chez Marc lui régler ses camions et aussi de régler par chèque les factures en souffrance. César lui, doit monter à la maison vers 8 heures pour prendre Madame Korc.
- Bon Thierry tu le payes ce café ?
- On y va pour mon quatrième.
Le bureau à Thierry c’est quelque chose ! Une table et une chaise en bois, des papiers, des notes, des plans étalés partout. Un frigo, deux cartons de Cutty Shark et une cafetière.
Léonie c’est une autre histoire une jolie table, un fauteuil confortable, un PC, une armoire remplie de classeurs, des tableaux de bord affichés partout : personnel, machines, gasole, ratios mensuels en tout genre : gasole/m3, heures/m3, coûts/m3 etc et trois cartes postales scotchées à hauteur des yeux. Je lui ai proposé à plusieurs reprises d’afficher un ratio Cutty Shark/m3, j’attends la suite !
Le Nescafé de Côte d’Ivoire est toujours aussi bon, par la vitre je regarde le lac, son nuage de brume matinal, l’escarpement de Dékoussou. Quand la retenue sera remplie ce seront plus de cent km2 qui seront submergés, un nouveau lac sur la carte du monde.
La baraque vibre de la noria de camions qui passent sous la fenêtre sans interruption, j’aime ce mariage de la nature, de la technologie et de l’humain.
Je suis tellement bien au milieu de ces hommes et ces femmes réunis pour quelques mois autour d’un projet qui leur permet de faire vivre leurs familles ou d’acheter leur whisky par cartons entiers.
A travers la végétation j’aperçois le pick up de César qui descend de la maison…..
Je me demande ce que fait John Andrews : au Bénin ? Nigéria ? Ailleurs ? Je suis heureux pour eux, et puis avec lui Solange pourra sans doute se construire un avenir.
César s’arrête devant le bureau et je sors à la rencontre d’Helena Korc.
Toujours très jolie, un pantalon de toile vert anglais, un haut beige avec brodé sur ces seins « If you want ! » Et bien oui je voudrai bien...
Nous nous serrons la main et je lui sors sans même y penser un sourire.
- Bonjour Madame Korc.
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Démasqué, tu bosses au HCR !
sur ce coup je paris plus sur ta perspicacité que sur la mienne. Toutefois, pour mettre mon petit "je" en vedette, ce ne sera certes pas Liana bien qu'elle est sympatique aussi. Son avis m'interesse...
Bonne soirée
Bonne soirée
08/10/08 à 18h55
merci auborddufleuve pour ce récit d'aventure qui fait plaisir de retrouver
c'est comme un rdv presqu'amoureux
c'est comme un rdv presqu'amoureux

Bush : je regarde presque toujours où je mets les roues de mon pick up, en ce moment c'est surtout entre les crottes d'assala (petits éléphants de forêts) bientot il pleuvra pour de bon et j'y verrai plein d'autres traces.
Et je confime que le Nes fabriqué à Abidjan est infiniment plus buvable que le notre.
Et c'est vrai que Thierry P marche au whisky
Et je confime que le Nes fabriqué à Abidjan est infiniment plus buvable que le notre.
Et c'est vrai que Thierry P marche au whisky
Avec leur schismes plein de carne...
je vois bien Emmanuelle Beart dans un costume de Donald Cardwell, pas vous ?
ça promène 

On y croit pas ! Le constructeur de barrage qui cherche des traces d'animaux ; qui se tape (et l'apprécie !) un N**café après un sidamo-congorobusta ; et une cadre sup de la grosse pomme et son T-shirt invitatif (bon, en fait j'connais pas les USA, mais dans mon imaginaire qui est tout sauf collectif, j'y arrive pas).
Heureusement, le détail qui tue, véridique plus qu'en vrai, le whisky à tous les coins de phrase !
M. l'auteur, vous pourriez m'le faire au rhum la prochaine ?
Heureusement, le détail qui tue, véridique plus qu'en vrai, le whisky à tous les coins de phrase !
M. l'auteur, vous pourriez m'le faire au rhum la prochaine ?
quand j'avais 13 ans, j'ai même eu la chance de dormir dans sa grande baraque à Eddy pour une soirée de réveillon du nouvel an...
Il était absolument adorable... et d'une simplicité touchante...
Il était absolument adorable... et d'une simplicité touchante...
là je signe ma génération ... 




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auborddufleuve
publié le 8 oct. 08