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Journal d'une âme en peine
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catégorie : création littéraire
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Le capitaine se tenait seul sur la dunette arrière, comme pour signifier son rang à tous les hommes.

"Sacré bonhomme en vérité, frondeur, accrocheur. Sa majesté du Portugal lui refusant monnaies sonnantes et trébuchantes pour voguer sur la mer océane, il décida de partir en 1476 s'accrocher à des horizons plus "dorés".
Arrivé en Espagne, il s'agrippa aux chausses du roi Ferdinand et de sa bourgeoise Isabelle, manière de récolter quelques subsides pour ses vadrouilles".
...

"Fichu temps et foutu voyage ! Bientôt deux mois que nous avons quitté Palos avec Colomb le 03 août 1492. Le dimanche à 1h du matin les vents étant de la partie, le temps très gras nous avons mis les perroquets en croix et tiré un coup de canon pour le signal d’appareillage, à dix heures, le pilote Mr Las Casas nous à mis dehors pour la mer..." - Bartholoméo le 08 août 1492.

...

"Deux mois de navigation et tout autant de misères. Chaque jour précédant chaque nuit inexorablement, rythmé par les craquements du bois, les ordres du capitaine, les sermons des moinillons affublés de leurs goupillons pour évangéliser une hypothétique population.
La peur chevillée au corps de ne pas aboutir au bout du périple, de se perdre dans cette mer extérieure, de tomber dans le néant comme le fera Cristobal si il ne découvre pas son Eldorado.
A bord, les conditions de vie sont épouvantables ; ce qui nous tient encore : l'infime espoir d'entendre le mot libérateur : "Terre !"

Parfois nous tombons dans une léthargie salvatrice lorsque décline l'astre du jour. Une trêve, un répit, une amnistie passagère avant de nouveaux remous.
Je ne peux quitter cette peur qui me cheville le corps. Les épidémies de scorbut déciment l'équipage, les trognes burinées d'effroi des hommes, les tempêtes soudaines enfantées par on ne sait quelle harpie malfaisante.

L'équipage a des relents de mutinerie. Tous ces sacripants, ces gredins que Colomb a engagés fomentent un complot pour le destituer de son poste et le jeter à la soupe. Chacun d'entre eux fourbit ses armes, je le sais. Vivement que nous abordions les côtes pour que la quiétude revienne. Pour moi, comme pour mes infortunés compagnons de voyage, une seconde naissance..."

Journal du mousse Bartholoméo Del Monte. 12 octobre 1492, quelque part en océan.

« La voix tonitruante du capitaine me fit sortir de ma torpeur et ma plume en tombant fit une tâche comme une île sur mon pantalon. Et le mot « rêve » restait orphelin sur le papier jauni…

L’aiguille du carillon à luisant me montrait du doigt, son tic-tac incessant rythmait la colère de mon père.

J'affectais nonchalamment de ne rien entendre de ses vociférations pour prolonger quelque peu mon délire et plonger avec délectation dans une inertie bienfaisante.
De temps à autre, tel un caméléon, j'ouvrais les yeux et le suivait du regard, pour les refermer aussitôt. Ce qui avait le don de l'exaspérer.

Dés lors, tel un matador portant l'estocade, il m'assenait en me regardant fixement une phrase assassine dont le trait, telle une flèche me transperçait de part en part.
"Qu'as-tu fait de ta vie jusqu' à présent moussaillon ?" Touché, mais pas encore coulé.

J’arrêtais rituellement mon songe éveillé, comme arrivé au bord d’un précipice, d’un gouffre sans fin, n’osant pas avancer plus avant, m’imaginant une suite que j’aurais maquillé des couleurs du temps, selon mon humeur (qui pour l’heure était maussade).

Tel une Pythie, une sybille antique, je ne rêvais pas pour moi, comme le pressentais ma mère, mais pour lui. Etre le fils de, s’est être amputé de sa propre existence. Suivre une trace…

Comme un simple mot peut vous tomber lourdement sur le cœur. Chaque rêve me permettait de tenir, comme l’air emplissant mes poumons. Chaque jour, lorsque mes yeux s’ouvraient sur la lumière d’un soleil dardant ses rayons, mon esprit s’embrumait et je lançais sur la terre un cri primal : « Je vis ! »

Bouffée d’illusion que le vent confident me prenait tel un voleur et me restituait en mille promesses d’avenir, celles de l’enfance et de ses rêves pensais-je.

Je venais d'avoir vingt ans, le bel âge prétend-on. J'avais un besoin viscéral de nouer des amitiés, de croire en quelque chose. Tel Colomb, je me pressentais "citoyen du monde".
Silence coupable de ma part. Je ne savais plus dans quelle direction diriger mon frêle esquif. Cette question me paralysait. Cruel dilemme durant quelques secondes j’écoutais la respiration du monde.

Le vent complice venait de se lever et à travers les haubans emportait doucement dans mon sillage mes dernières réticences. Doucement je me décidais à lever le voile : « J’ai peur ! »

Visage interloqué. Un sentiment mêlé d’anxiété et d’incompréhension dessine de nouveaux traits sur le visage de mon père.

« Tu vis ta nuit. Cette peur irraisonnée que tu ressens trouve sa source dans une crainte de l’inconnu ! Nous l’avons tous traversé… »

Au loin, La Vaillante caravelle de course partait faire escale pour nous ravitailler. Le sifflet du Bosco me transperçait les tympans. J’aurais voulu m’accrocher à son écho, sa plainte stridente déchirait mon esprit. Vite, saisir un dernier souffle : « attendez-moi ! »

Désormais, dans ma tête endolorie, ne reste que les bateaux d’insomnie.

A présent, le temps était en suspend et nous espérions tous une accalmie, traverser la lumière, une approbation divine pour renaître à nous-mêmes."

...

"J'ai quitté mon village natal, pour la première fois de ma vie et ne devrait pas y revenir avant longtemps. Mon frère Juan, l’aîné, m'a précédé quelques temps auparavant la tête emplie de rêves de conquêtes, des voyages que notre père lui avait conté.

Je reprenais mes esprits. « Nous sommes tous des coureurs d'écume, ne nous satisfaisant pas de notre présent, voulant accéder à un autre ailleurs. »

Dans les espoirs souvent fous que nous plaçons dans l'avenir nous sommes comme ces navires dans la brume, nous traçons un chemin, notre chemin, peu importe où il nous mène.

Nous traversons les frontières invisibles nous séparant de terres jusqu' alors inconnues. Nous sommes des semeurs d'espérance.

Mon quart approche, je ne veux pas aller plus loin et finit au bas de la page : « Espoir ! »

Bartholoméo le 14 octobre 1492...

Serenity.
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Voici les 13 dernières réactions à ce commentaire
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 07/10/08 à 11h49
un bateau dans le coeur pour se proclamer marin. Je suis ici de famille de marin et aussi de terrien du côte de ma mère et j'ai été bercee dans mon enfance par cette attirance de l'eau...
Je ne suis pas marin et pourtant il n'a pas été possible d'esquiver les plaisirs de la decouverte de la navigation dans des conditions spartiates et comprendre que la moindre goutte d'eau ne se gaspillait pas a bord et aussi de vite admettre qu'un Homme a la mer ne se pêchait pas comme une sardine ...
Les marins d'aujourd'hui (je parle pas des marins pêcheurs) n'existent qu'au travers de leurs performances nautiques mais s'ils prennent la mer c'est aussi pour fuire le manque d'humanité sur la terre...
Puis comme m'a dit un jour un de mes oncles "grand bateau grande misère, petit bateau petite misère"
J'aime les marins car ils sont solitaires et toujours solidaires !
 07/10/08 à 11h25
cela n'empêche que pour écrire ce chapitre sur les flibustiers il faut en avoir eu la curiosité
Prendre la mer n'est pas donne a tout le monde même dans la pensée au long qui courre,
Arimer ses rêves de voyages peuvent se faire au travers des grands aventuriers des oceans, puis ce n'est pas l'homme qui prend la mer mais bien la mer qui prend l'homme !
Et la femme aussi d'ailleurs...
 07/10/08 à 10h34
"sa royale majesté" britannique bien entendu, elle était Nelson et son armada.
 07/10/08 à 10h32
Sauf que je suis né à Nancy.

Bon, il est vrai que je barbotais avec mon canard en plastique dans ma baignoire et que je me prenais pour surcouf sabordant les navires marchands au nom de Louis le XIV ème, ma mère faisait les marins de sa royale majesté qui se rendait.... bref, ça doit suffire comme expérience pour conter des histoires de flibustes...
 07/10/08 à 10h22
j'avais pas enregistre qu'il s'agissait du fils du capitaine, ça change les donnes.
Pour ce qui est des votes, non ton comm. Ne s'est pas noyé, il est admirable. C'est qu'il y a plus de gens qui s'interessent a la plage qu'aux recits sur les vastes océans. D'ailleurs on sensibilise plus les enfants sur des aventuriers de la terre et de l'espace qu'avec nos aventuriers navigateurs. Tu sais aussi qu'il faut être pratiquement nés au bord de l'océan pour être touche par tous les récits d'antan et vouloir decouvrir les mystères de la mer...
 07/10/08 à 09h37
Oui, pour les hommes du bord, mais n'oublie pas le garçon est le fils du capitaine, une certaine instruction...

J'avais prévu le coup en lui donnant une telle filiation. Sinon, je peux toujours me rabattre sur la licence romanesque.

De toute façon vu le nombre de votes il semble que le bateau ait coulé...
 07/10/08 à 09h18
des marins aventuriers a bien change aujourd'hui, puis je reste sceptique sur les confidences du mousse. Nombreux sont ceux qui parmi les matelots savaient a peine lire ou écrire. C'était de pauvres gars qui souvent ne revenaient pas de leurs longs voyages...
 06/10/08 à 22h23
Perspicace. Un juste raccourçi de ce texte en effet !
 06/10/08 à 18h43
Serenity ! Le salue tes talents littéraires. Tu raconte bien les histoires et tu fais voyager
 06/10/08 à 15h45
kavalier2
 06/10/08 à 14h25