- Tu vois, j'ai cette chanson qui m'obsède depuis un mois environ. Ce titre fou d'Of Montreal, The past is a grotesque animal. Je n'avais jamais été obnubilé par une chanson de 12 minutes, alors je demandais si ça pouvait être lié à son caractère de "chanson de rupture".
- Ah, Of Montreal. The past is a grotesque animal... Un sacré titre, fascinant en effet, une drôle d'expérience.
- Je me suis laissé prendre par sa rythmique basique, sa longue bande musicale déroulée sur douze minutes, à première vue lassantes. Mais je me suis trouvé agrippé par les paroles presque incantatoires. Ce mélange imprévisible.
- C'est en effet un bien surprenant pot-pourri. Un début comme une chanson new wave un peu classe, bien carrée, qui s'est retenu de certains penchants commerciaux des 80s, un titre qui aurait su capter l'esprit des petits groupes new wave. Leur danse statique. Mais étirer si longtemps cette rythmique, ces sons de synthétiseur répétitif, cela ferait plus penser à du prog rock, à du krautrock, éventuellement au glam prog de Roxy Music sur Mother of Pearl. Ce qui est cohérent avec le déchaînement instrumental des trois dernières minutes. Mais il ne faut pas oublier les feedback de guitare noise sur les premières secondes, et surtout, ses paroles sans fin.
- Et quelles paroles. Je suis tombé amoureux de cette écriture, ces lignes et ces lignes qui ne semblent pas vouloir s'arrêter. Les paroles douloureuses qui se bousculent très lentement sur les lèvres, comme s'il fallait quelques secondes entre chaque vers pour bien formaliser les sentiments. Pour parfaitement trouver la formule adéquate, le vocabulaire recherché. On se trouve toujours au bord du cliché, de la poésie d'adolescent mélancolique, et pourtant, cela ne me paraît pas sombrer dans la facilité : "Sometimes I wonder if you're mythologizing me like I do you", c'est assez fort de placer un tel vers dans une chanson rock !
- De l'excès, pousser l'excès dans ses plus profonds retranchements : ton couple bat de l'aile, vous vous engueulez, et tu ne te sens pas en forme. OK, ce serait un beau tour de force de faire tenir cela en deux ou trois couplets et trois minutes de balade, mais trois minutes, même belles, c'est presque frustrant alors, si tu en sens le besoin, pourquoi te retenir ? Noircis ton carnet de vers, d'allusions à Georges Bataille, de fille hystérique hurlant "Violence !", de cruauté prévisible, de jets de légumes à la figure, d'une pointe de regrets. Pas de demi-mesure ! Autant se lâcher, comme si c'était la première chanson de rupture jamais écrite, comme pour réinventer le genre. De toute façon, chaque rupture est douloureuse comme la première, si l'affection est profonde. Et cette sensation de réinvention s'entend tout au long de ce Past is a Grotesque Animal : oui, je l'ai rencontré, voici l'homme qui a découvert le chagrin d'une fin de couple. Innocence et sincérité, associée à une exploration formelle, ce n'est pas très éloigné de Someone Great, la chanson de LCD Soundsystem qui te passionnait à l'automne dernier...
- C'est vrai. On retrouve une alliance similaire d'éléments hétérogènes. Une musique originale et surprenante, qui lutte avec de longues paroles sincères.
- Tout à fait. Ce ne sont pas de bêtes chansons de ruptures à une dimension : pas du tout une mélodie triste sur laquelle on murmure des paroles tristes tout en ayant l'air triste, oh tellement, tellement triste. Ici, dans les deux cas, la musique et les paroles s'enrichissent réciproquement sans parcourir les mêmes sentiers. Chez Of Montreal, une mélodie sans fin et toute la violence des disputes affichée comme en direct, et chez LCD Soundsystem, un délicat assemblage électronique porte la mélancolie douce d'une relation déjà derrière soi. Et, même si on sort alors un peu du cadre de la musique elle-même, le physique des chanteurs enrichit également le trouble, le décalage de ces riches chansons. Ce gros nounours de James Murphy, les larmes aux yeux dans la vidéo d'All my Friends : il vante le jujitsu brésilien dans ses interviews, et le voici qui évoque sa peine, avoir perdu quelqu'un d'important, Someone Great ! Le chanteur d'Of Montreal est plus surprenant encore, dans les images de concert. Le voici totalement maquillé, une vraie star glam, avec paillettes sur les yeux, chemise vert pomme et joues rouges, et c'est ce pierrot en jean slim blanc qui nous hurle sa douleur pendant douze minutes... Certains crieront au manque de cohérence, je suis plutôt tenté de trouver cela impressionnant, de montrer la coexistence de plusieurs facettes !
- Ah, Of Montreal. The past is a grotesque animal... Un sacré titre, fascinant en effet, une drôle d'expérience.
- Je me suis laissé prendre par sa rythmique basique, sa longue bande musicale déroulée sur douze minutes, à première vue lassantes. Mais je me suis trouvé agrippé par les paroles presque incantatoires. Ce mélange imprévisible.
- C'est en effet un bien surprenant pot-pourri. Un début comme une chanson new wave un peu classe, bien carrée, qui s'est retenu de certains penchants commerciaux des 80s, un titre qui aurait su capter l'esprit des petits groupes new wave. Leur danse statique. Mais étirer si longtemps cette rythmique, ces sons de synthétiseur répétitif, cela ferait plus penser à du prog rock, à du krautrock, éventuellement au glam prog de Roxy Music sur Mother of Pearl. Ce qui est cohérent avec le déchaînement instrumental des trois dernières minutes. Mais il ne faut pas oublier les feedback de guitare noise sur les premières secondes, et surtout, ses paroles sans fin.
- Et quelles paroles. Je suis tombé amoureux de cette écriture, ces lignes et ces lignes qui ne semblent pas vouloir s'arrêter. Les paroles douloureuses qui se bousculent très lentement sur les lèvres, comme s'il fallait quelques secondes entre chaque vers pour bien formaliser les sentiments. Pour parfaitement trouver la formule adéquate, le vocabulaire recherché. On se trouve toujours au bord du cliché, de la poésie d'adolescent mélancolique, et pourtant, cela ne me paraît pas sombrer dans la facilité : "Sometimes I wonder if you're mythologizing me like I do you", c'est assez fort de placer un tel vers dans une chanson rock !
- De l'excès, pousser l'excès dans ses plus profonds retranchements : ton couple bat de l'aile, vous vous engueulez, et tu ne te sens pas en forme. OK, ce serait un beau tour de force de faire tenir cela en deux ou trois couplets et trois minutes de balade, mais trois minutes, même belles, c'est presque frustrant alors, si tu en sens le besoin, pourquoi te retenir ? Noircis ton carnet de vers, d'allusions à Georges Bataille, de fille hystérique hurlant "Violence !", de cruauté prévisible, de jets de légumes à la figure, d'une pointe de regrets. Pas de demi-mesure ! Autant se lâcher, comme si c'était la première chanson de rupture jamais écrite, comme pour réinventer le genre. De toute façon, chaque rupture est douloureuse comme la première, si l'affection est profonde. Et cette sensation de réinvention s'entend tout au long de ce Past is a Grotesque Animal : oui, je l'ai rencontré, voici l'homme qui a découvert le chagrin d'une fin de couple. Innocence et sincérité, associée à une exploration formelle, ce n'est pas très éloigné de Someone Great, la chanson de LCD Soundsystem qui te passionnait à l'automne dernier...
- C'est vrai. On retrouve une alliance similaire d'éléments hétérogènes. Une musique originale et surprenante, qui lutte avec de longues paroles sincères.
- Tout à fait. Ce ne sont pas de bêtes chansons de ruptures à une dimension : pas du tout une mélodie triste sur laquelle on murmure des paroles tristes tout en ayant l'air triste, oh tellement, tellement triste. Ici, dans les deux cas, la musique et les paroles s'enrichissent réciproquement sans parcourir les mêmes sentiers. Chez Of Montreal, une mélodie sans fin et toute la violence des disputes affichée comme en direct, et chez LCD Soundsystem, un délicat assemblage électronique porte la mélancolie douce d'une relation déjà derrière soi. Et, même si on sort alors un peu du cadre de la musique elle-même, le physique des chanteurs enrichit également le trouble, le décalage de ces riches chansons. Ce gros nounours de James Murphy, les larmes aux yeux dans la vidéo d'All my Friends : il vante le jujitsu brésilien dans ses interviews, et le voici qui évoque sa peine, avoir perdu quelqu'un d'important, Someone Great ! Le chanteur d'Of Montreal est plus surprenant encore, dans les images de concert. Le voici totalement maquillé, une vraie star glam, avec paillettes sur les yeux, chemise vert pomme et joues rouges, et c'est ce pierrot en jean slim blanc qui nous hurle sa douleur pendant douze minutes... Certains crieront au manque de cohérence, je suis plutôt tenté de trouver cela impressionnant, de montrer la coexistence de plusieurs facettes !
réactions : 0
lectures : 417
votes : 2


Je réagis à ce commentaire en
Je réagis à ce commentaire en 










Celinilec
publié le 10 oct. 08