la rencontre par affinités culturelles

  1. Rencontre des femmes et des hommes qui partagent vos passions.
  2. Créez vos listes d'oeuvres et d'artistes préférés
    parmi + de 2 millions de références.
  3. Partagez vos goûts, émotions, réactions en cinéma, musique, lecture, médias.
Je vibre
pour elle
Je l'ajoute
à mes amis
gratuit Je lui écris
Briser la glace
Je chatte
avec elle !
Bon dieu ! où j’ai foutu mes clés ?!
 Bon dieu ! où j’ai foutu mes clés ?!
rediger un nouveau commentaire sur Playing For Keeps
catégorie : tranche de vie
corps du commentaire en taille petitecorps du commentaire en taille moyennecorps du commentaire en taille grandeimprimer ce commentaireenvoyer ce commentaire à un ami



« Alors là, je vous arrête tout de suite ! »
La pétulante septua-presqu’octogénaire qui m’interrompt ainsi n’avait jusque-là rien trouvé à redire à mon exposé. Là, un détail l’irrite : j’ai entamé la liste d’exemples de trous de mémoire qui peuvent nous affecter par un « À nos âges… » qui lui a paru un brin flagorneur ! J’allais d’ailleurs enchaîner « … et à tout âge», mais elle ne m’en a pas laissé le temps !
Et elle a raison ! Près de vingt ans nous séparent ! Une génération, quoi ! Je n’y avais pas pensé, jusque là.
Je croyais connaître mon public : les « retraités », ceux qui, rayés de la vie active, se sentent un peu déboussolés par cette soudaine inutilité sociale (un truc qui va m’arriver bientôt, plus tard qu’eux, certes, bien que j’aie par avance renoncé à combler tous les trous qui jalonnent ma « carrière », moi qui fut bien plus flemmarde que Croqui *) !
Mais c’est long, une retraite ! Ça peut presque durer aussi longtemps qu’une vie « active » pour peu qu’on vive centenaire ! On a le temps d’en voir grandir, des enfants, des petits-enfants et des arrière-petits-enfants !
Le temps aussi de voir mourir ses parents, puis ses amis, son conjoint, si on en a un, d’avoir des rhumatismes, des coups de blues, de nouvelles rides dans la glace, du mou dans le palpitant et des prothèses de hanche… Ouais, il est encore long, le chemin, jusqu’à la fin.

Et alors ? Entamons-le d’un bon pied et faisons que ce temps soit beau !

Sans doute est-ce à vingt ans qu’ils auraient dû découvrir le monde, à pied, à cheval, à vélo ou en bateau à voile... dévorer des livres, développer leurs dons… Mais il fallait travailler, à ce moment-là, être productif et fonder une famille pour renouveler la force de travail et combler les pertes de la guerre…

Abel s’en souvient bien. Il se plaint d’ailleurs moins de sa mémoire que Marie-Jo, qui pourrait largement être la fille de ce bientôt centenaire ! Faut dire que notre « benjamine » se tapait le bruit et les embouteillages marseillais pendant qu’Abel ficelait chaque printemps au bât de l’âne une valise de livres qu’il dévorait tout l’été en alpage, dans la sereine compagnie de ses brebis. Le stress citadin, c’est comme la cocaïne : ça stimule mais quand on arrête, les neurones déconnectent, surtout si le changement de rythme est consécutif à un truc violent, genre préretraite brutalement imposée…

La mémoire, ça se perd, ça se retrouve, on l’a courte ou tenace, elle peut flancher, avoir besoin de rafraîchissement, être fidèle ou sélective, on peut graver dessus, mais gaffe aux trous… Et si vous ne la cultivez pas, elle peut vous trahir !

Cultivons donc, cultivons !

J’ai apporté aujourd’hui 7 petits sacs de couleur différente dont le contenu n’est pas visible. On se les passe, on plonge une main dedans sans regarder, on note ce que l’on a senti et on fait tourner. Peu à peu, chacun réalise que ses doigts se souviennent des granulométries croissantes, de la douceur ou de la rugosité du sucre glace, de la farine, du sel, fin et gros, du riz, de l’épeautre (ce blé rustique des Alpes sèches), des pois chiches...
De même, pour peu que nous les ayons touchés, sentis ou entendus auparavant, nous reconnaissons sans le secours de nos yeux du velours, du lin, du bois, du fer, des plumes, une fourchette, le son d’un violon...
C’est dire combien nos sens participent à notre mémoire et à notre intelligence...

Tous n’acceptent pas de fermer les yeux pour dessiner une maison, mais chez ceux qui ont tenté le pari, ça déménage quand je les « autorise » enfin à ouvrir les yeux !
Ce qui me fait rire ce sont les catégoriques, genre « J’essaye même pas : j’ai toujours été brouillée avec les chiffres. » ou « Moi, la grammaire et l’orthographe, ça fait trois ! » À leur grand étonnement, ce sont parfois eux qui se dépatouillent les premiers d’un problème de logique piégé ou qui nous torchent des petits textes bouleversants !

J’en ai rencontré quelques centaines, des « seniors » comme disent les compagnies d’assurances et de chemins de fer, depuis que j’anime des ateliers mémoire.
Y en a pas deux pareils !
Une constante, cependant : celui qui est entré dans une boîte pour son premier boulot et n’en est sorti qu’à soixante ans a bien plus de mal avec sa cervelle que celui qui l’a constamment adaptée à de nouvelles situations, de nouvelles têtes, de nouveaux apprentissages.
Autre constat : à âge égal, (sur)vivre en maison de retraite fait prendre un sacré coup de vieux ! On entre rarement de son plein gré dans ce qu’on sait être sa dernière demeure. On s’y retrouve, coincé(e), quand la tête commence à tourner, quand les jambes ne sont plus trop fiables, quand on est veuf ou – bien plus souvent – veuve, et que les enfants sont loin ou indifférents… Douve en parle mieux que moi**…

Avec les plus jeunes, il n’est pas toujours facile de trouver un jour qui convient à toute l’équipe : quand ils ne sont pas aux champignons, ils gardent leurs petits-enfants. Dès que la neige arrive, faut leur courir après à ski ou en raquettes. La seule chose qui peut leur faire louper nos retrouvailles hebdomadaires, c’est un problème de santé ou un rendez-vous fixé de longue date avec un toubib : c’est si difficile à obtenir !
Y a aussi ceux – celles, surtout – qui triment encore, pas forcément par goût. Jeanne, qui fêtera bientôt ses 70 ans, aide à domicile de plus âgés qu’elle. Quand une maigre retraite ne suffit pas pour vivre, c’est un des rares boulots qu’on trouve...

J’aime retrouver tous ces gens qui me font découvrir, à travers leur histoire, celle des Alpes du Sud, ce pays où j’ai choisi de vivre.
Il y a deux printemps, je montais chaque semaine dans un village différent du Queyras. Parmi les montagnards de Saint-Véran, d’Aiguilles, de Ceillac… certains avaient encore des bêtes et ça sentait parfois un peu l’étable dans les petites salles communales où on se réunissait autour du poêle.
L’atelier d’Embrun était squatté par les électriciens qui travaillaient au barrage de Serre-Ponçon. Celui de Veynes (plate-forme ferroviaire respectée naguère, qui ne doit sa survie qu’au Dévoluy) l’est par les cheminots retraités. Du côté de Forcalquier, beaucoup ont vu leurs pères remonter des mines de charbon de Bois d’Asson…
A Sainte-Tulle – l’une des trois municipalités rouges sur les 120 communes bas-alpines - j’anime chaque année une session de « révision » à la Maison du Peuple, pour de sacrées nénettes qui trouvent qu’on se fend bien la pêche.

Cet automne, je découvre la vallée du Céans où un jeune homme est revenu au pays, après avoir essayé Marseille, et joue aujourd’hui le chevalier servant municipal des vieilles dames d’Orpierre et environs.
Hier, après avoir pique-niqué, nous sommes partis ensemble dans le minibus de la mairie, faire le ramassage-mémoire dans les hameaux environnants. Elles l’adorent ! Il le leur rend bien !
Ce que j’aime chez lui, c’est qu’il se plaît tout autant à l’école avec les gamins qui restent à la cantine.
Je le comprends : à la fin d’une journée mémoire, j’adore retrouver les mômes du soutien scolaire.
En fait, au début ou à la fin, c’est toujours la vie !


* http://www.pointscommuns.com/le-guide-de-la-retraite-en-bd-commentaire-lecture-7
2507.html

** http://www.pointscommuns.com/trouble-sleeping-commentaire-musique-72436.html
réactions : 30
lectures : 738
votes : 10
Publier sur   Partager sur Wikio  Partager sur Scoopeo  Partager sur Digg  Partager sur Facebook  Partager sur Google  Partager sur Technorati  Partager sur del.icio.us  Partager sur blogmarks 
Voici les 30 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 16/10/08 à 06h15
bushdoctor et Ery

Sympa ce com

Ma mère ne veut pas entendre parler de maison de retraite (81 ans ce prochain dimanche) mon père (84 ans), s'il restait tout seul, irait volontiers ...

Vieillir ou mourir
Vieillir et mourir

Et faire de la balançoire sans se cacher, se baigner dans la mer, aimer encore comme à 17 ans ...
 13/10/08 à 22h46
Lafantaisie
Ces films jubilatoires, ils sont rares à présent.
je ne sais pas si c'est l'age, ou alors la qualité des produits cinématografiques; je ne sors plus aussi souvent du cinéma en ayant envie de danser.
Bon, d'accord; je ne vais plus beaucoup au cinema depuis que je vis en montagne. Les couleurs explosent, les érables sont en feu...et les noix font plok plok en touchant le sol.
Je te remercie pour ce texte. J'espère bien arriver vieille et toujours joyeuse.
D'abord, comme je le disais à une voisine cette apres midi: Moi, quand je serai vieille je serai comme Maud dans le film des 70's. C'est mon idéal depuis mes 17 ans. Une amie m'a dit que j'en prenais le chemin; OUF!
Toi aussi on dirait! Vivent les vieilles dames indignes!!
Il faut que je me la dégote, cette BD ! Dans le même ordre d'idée, je me souviens de "La fête à Jules", un film belge de 1973 où une révolte dans une maison de retraite a justement pour origine les brimades dont sont victimes les pensionnaires, en particulier lorsqu'ils prétendent nouer une histoire amoureuse. Ça se termine par le déploiement de banderoles sur les toits et l'obtention de l'autogestion ! Jubilatoire ! D'autant que c'était inspiré de faits réels !
je ne ferme rien à clef....
oubli, refus du monde dans lequel nous vivons?...
Peu importe...
c'est peut-être un signe ?
refus de me modeler à cette société basée sur la crainte de l'Autre..?
Ma porte est ouverte, toujours sur...
 12/10/08 à 15h33
pour ce com qui fait du bien
on va tous y passer un jour, en tout cas c'est à souhaiter et ton com transmet beaucoup d'énergie et de sentiments positifs sur cette longue partie de vie qui n'est pas toujours folichonne, en tout cas à sa toute fin

j'ai beaucoup aimé la réac de catamalo sur la mamie on the balançoire

je me permets de faire un lien vers un de mes anciens coms qui parlait d'une BD qui traitait de l'amour et du sexe du 3e âge qui m'avait beaucoup touchée
http://www.pointscommuns.com/pascal-rabate-commentaire-lecture-67419.html

La mienne aussi était magnifique, à la fin de sa vie, elle était toujours révoltée par l'injustice, et alors qu'elle était "très comme il faut" parlait de mettre des bombes, dans certaines institutions ...
Pourtant, j'aimerais bien les voir, "ces pubs tellement bêtes". J'en suis frustrée : y a pas de pubs dans les cinémas que je fréquente, dans les journaux que je lis et j'ai plus la télé !
En ce moment, elle me revient souvent dans la tête, la voix de Ferrat : vous verriez les couleurs ! Oui, la montagne est belle quand l'automne vient d'arriver !
... mais sur son humour et sa fraîcheur, je n'ai aucune inquiétude ! Ses regards furtifs à droite et à gauche pour vérifier que personne ne la voit disent assez, pourtant, pourquoi les vieux s'interdisent souvent ce qu'ils auraient plaisir à faire. Je suis par exemple toujours triste de remarquer, l'été, dans les lieux de baignade, on voit peu de vieux. Pourquoi expose-t-on sans vergogne ses bourrelets à 20 ans, sa flasquitude à 30, sa cellulite à 40, sa bedaine à 50... mais cache-t-on un corps usé ?
 12/10/08 à 12h11
que la montagne est belle ! C'est bien que ceux dont tu parles aient pu y rester !

http://fr.youtube.com/watch?v=3PTbhH--rWc

 12/10/08 à 12h06
y'a d'la vie chez les seniors, en ta compagnie : merci pour la promenade-découverte après ces pub tellement bêtes
http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://bp2.blogger.com/_kuCTdKP2uT0/SDA
gyqDmwdI/AAAAAAAAAGA/xg

on se promenait dans un jardin avec des balançoires. .
" dis, tu crois que je saurais encore comment faire pour me balancer ? . . "
Regards furtifs à droite, à gauche. . Personne.
Elle s'assied sur la planche, balance ses jambes en avant , se bascule en arrière . (pourvu que ses mains ne lâchent pas la corde !!!, je reste stoïque )
Quasiment à l'horizontale et le va et vient de la balance s'élance plus haut.
"ah, ahhh. . rit-elle c'est encore facile
je suis vite allée chercher mon appareil pour la filmer. . les pieds posés par terre en attendant mon retour, et elle a recommencé à se balancer
tellement vivantes que je m'étais assise au fond de la salle de jeux pour les mémoriser et, qui sait, trouver un jour le temps de les utiliser de mon côté
le jour qu'on est ?
je ne ferme rien ! La porte est toujours ouverte ! Bon, d'accord, je sais que c'est une solution inapplicable en milieu urbain !
Et quel plaisir de l'entendre ce matin ! Merci !
la voici : http://www.deezer.com/track/180054
( si je me suis bien appliqué.. )
Beau comm
Pensez donc que rien que mes clefs qui, elles, n'ont pas
cet aspect ! je les "perds" souvent....!!
peut-être un signe qui illustre mon besoin d'évasion ?...

J'ai trouvé votre comm très très intéressant !
peut-être pas pour la mémoire mais pour l'attention : je voulais rattacher ce com' à "J'ai la mémoire qui flanche" et à la voix délicieusement aigrelette de Jeanne Moreau et, je ne sais pas comme je me suis débrouillé, mais me v'là raccrochée à Elvis Presley ! Bé, ça nous rajeunit pas !
 12/10/08 à 07h49
Quel récit ! Quel amour !
Gag à l'âme, redécouvreuse d'âmes en jachère, on aimerait ( presque ) être vieux à tes côtés !
 12/10/08 à 02h16
que tant de monde n'ait plus envie de jouer.
Faut rigoler...
et plein de seniors qui "résistent" ..
Et tu le racontes si bien, merci pour le partage !
 12/10/08 à 01h04
pero soy handicapa de la testa.
 12/10/08 à 00h49
nada de nada.